Portrait de bénévole – « On a tous une mission dans la vie »

Arrivé en métropole, en 2000, à l’âge de 8 ans, El-Farouk MOHAMED ALI, dit « Farouk », est aujourd’hui l’un des plus fidèles bénévoles de Terre d’Echanges. Mais pas seulement… Portrait.

« En primaire, j’étais souvent le dernier de la classe. » Aujourd’hui, il truste les premières places.

C’est ainsi que pourrait se résumer le parcours assez exceptionnel de « Farouk », qui a grandi à Mayotte jusqu’à l’âge de 8 ans, avant de prendre la direction du continent.

« Lorsque je suis arrivé à Poitiers avec ma mère, cela a été compliqué, confie-t-il. J’ai redoublé en CE1 et j’étais souvent le dernier de la classe, tout au long de ma scolarité. A cet âge-là, si tu n’es pas accompagné pour faire tes devoirs, tu prends vite du retard… et les gens pensent que tu es attardé. »

Un retard si important que les enseignants décident de le « placer » en SEGPA à son entrée au collège Jean-Moulin, à Poitiers. Une décision qui lui a permis de « se remettre sur les rails, repartir sur de bonnes bases, et de se retrouver… », raconte-t-il.

Son premier combat

« En SEGPA, les niveaux sont très variés. Tu te dis que si tu es là, c’est que tu n’es peut-être pas comme les autres. Certains élèves sont comme toi, d’autres ont beaucoup plus de mal. Tu ne comprends pas… »

Farouk décide alors de « se battre » pour prouver qu’il a « la même valeur que les autres » : « Les élèves de SEGPA ne sont pas débiles, comme certains le croient ! » C’était là son premier combat.

Mais également sa première victoire : « Après une 6e et une 5e SEGPA, j’ai pu réintégrer le cursus général », se souvient-il. « Si je l’ai fait, c’est que d’autres peuvent le faire. J’ai ouvert un chemin que d’autres peuvent emprunter… »

Arrivé en 4e, Farouk « tournait » autour de 11, puis 12, puis 13 de moyenne : « Au moment de passer mon brevet, j’avais 45 points à rattraper. J’avais quelques doutes… Mais ma professeure de français croyait en moi, donc je croyais en elle. »

Et il a eu raison. « C’était ma deuxième victoire scolaire. »

“Je voulais contribuer à quelque chose”

Son brevet en poche, Farouk s’est orienté vers un BEP Vente, pour « sortir de [sa] zone de confort » : « De nature timide et introvertie, je voulais m’ouvrir aux autres ». Prêt à porter, relation client… le jeune homme a alors enchaîné plusieurs expériences. Avant de s’engager en service civique, à 23 ans.

« Cela faisait longtemps que je voulais contribuer à quelque chose, parce que j’estime qu’on a tous une mission dans la vie, explique-t-il. J’ai décidé de faire la mienne chez TERRE D’ECHANGES – qui s’appelait à l’époque « Chaînon FTI ».

« C’était l’occasion de mettre un premier pas dans le monde associatif. J’avais envie de travailler dans un milieu qui me plaisait, faire ce qui m’intéressait. »

Au cours de sa mission, Farouk a participé aux différentes animations de l’association, entre festivals et marchés africains. L’occasion également d’améliorer sa communication : « la mienne comme celle de l’association, sourit-il. Puisque cela m’a aussi permis de casser la barrière au moment de prendre la parole en public. J’ai pris confiance en moi. »

Aujourd’hui, Farouk garde un très bon souvenir de son expérience chez Terre d’Echanges. « Cette expérience m’a offert une ouverture d’esprit, donné envie de découvrir d’autres cultures, et de voyager dans d’autres pays. »

Mais il a aussi fait de très belles rencontres : « J’ai la chance de connaître des personnes comme Marie ROLAND et Pierre PITEAU, qui se dévouent littéralement aux autres. »

Farouk a naturellement décidé de « ne pas rompre le lien » à la fin de sa mission, et de poursuivre l’aventure à titre bénévole : « C’était important pour moi de rester présent pour cette association qui m’a beaucoup appris. »

Le parcours d’El-Farouk MOHAMED ALI pourrait s’arrêter ici. Mais ce n’est là qu’un premier versant de sa vie. Le second a débuté à l’âge de 14 ans, sur un terrain de basket.

Etant « meilleur au basket qu’à l’école », Farouk s’est très vite retrouvé à jouer avec des aînés. « J’étais le plus jeune : j’avais moins de temps de jeu, donc moins le droit à l’erreur », note-t-il. Au point de « créer chez [lui] une certaine frustration ». Mais aussi un sentiment de stress : « Je commençais à sentir un manque de confiance en moi au moment de rentrer sur le terrain. J’avais la boule au ventre. »

Voyant que cette expérience lui « faisait plus de mal que de bien », et que ce manque de confiance le suivait en dehors du terrain, Farouk a logiquement décidé d’arrêter le basket… Sans savoir qu’il allait performer dans un autre sport… quelques années plus tard.

“Je ne voulais pas abandonner”

« Un jour, 3 ans après avoir arrêté le basket, j’ai emmené mon petit-frère s’inscrire au Stade Poitevin Karaté. L’entraîneur de boxe, qui était là, m’a alors proposé de mettre les gants et d’essayer », se souvient-il.

« J’ai très vite compris que c’était un sport qui demandait beaucoup de discipline. C’était assez difficile, j’ai souvent eu envie d’arrêter. Mais je ne voulais pas abandonner. »

Là encore, il a eu raison.

Et pour cause : El Farouk MOHAMED ALI est aujourd’hui champion de « boxe pied-poing ». Il a notamment remporté la « Coupe de France zone Nord » de full-contact, en novembre 2017 et a terminé 2e au « Challenge Île de France » (- 71 kg), en Kick Boxing K-1, en novembre 2018.

Un palmarès qui ne s’obtient pas sans un certain entraînement : Farouk s’entraîne 3 fois par semaine à la salle, et « 3 ou 4 heures », chez lui, sur son propre sac de frappe.

« Les sports de combat m’attiraient depuis longtemps, mais ma mère ne voulait pas que je pratique un sport violent, évoque-t-il. Je me suis donc dirigé vers le basket, en attendant… »

Pourquoi les sports de combat ? « Avant tout pour l’état d’esprit, répond-il. Tu développes ta combativité, tu apprends à ne pas abandonner, même dans les moments durs. Tu apprends aussi à développer de nouvelles capacités. »

« Comme le disait Mandela, le courage n’est pas l’absence de peur, mais la capacité de la vaincre. »

« Cela a aussi des effets positifs dans ma vie, quand je recherche un emploi ou que je cherche à progresser dans un domaine précis. »

Farouk participe à une compétition « importante » tous les 2-3 mois en moyenne. « Ma mère est plus ou moins d’accord : elle me suit de loin, sourit-il. Avant un combat, elle me dit de ne pas me blesser. Et après, elle me demande si j’ai gagné. »

Concernant son avenir sportif, Farouk se laisse « jusqu’à 31-32 ans »« Professionnellement, je voudrais être indépendant pour pouvoir me consacrer aux projets qui me tiennent à cœur. Je ne sais pas encore où j’habiterai dans 4, 5 ou 6 ans… »

Une chose est sûre : El Farouk MOHAMED ALI a pris sa revanche sur la vie.

 

Palmarès

  • 2e au Championnat de Ligue départemental en Full-contact (-72 kg), en janvier 2017 ;
  • 3e au Championnat de France de Karaté-contact, en mars 2017
  • 1er à la Coupe de France zone Nord de Full-contact, en novembre 2017
  • 3e à la Coupe de France zone Nord de Karaté-contact (-72 kg), en novembre 2017
  • 2e au Challenge Île de France (- 71 kg), en Kick Boxing K-1 (k-one), en novembre 2018.

 

Prochain combat de Farouk : Gala de Boxe Pied-Poing, le 8 juin 2019, à 19h30, au Hall des Sports de Migné Auxances. Places entre 5 et 10 €.

 

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